Louis CALAFERTE (1928-1994)

Louis Calaferte est né à Turin le 14 juillet 1928. Sa famille s’installe dans la périphérie de Lyon où il vit dans la marginalité toute son enfance et son adolescence. Sous l’occupation, il a treize ans et demi, il travaille dans des conditions très dures en usine comme manœuvre et manutentionnaire, notamment dans une fabrique de piles électriques. Plus tard, il trouvera un emploi dans un cabinet de dessins sur soieries.

Le désir d’écrire lui est venu dès l’âge de treize ans, et il lit tout ce qui lui tombe sous la main, sans sélection. Il avait « le goût effréné de la lecture. Mon penchant le plus vif me poussait vers le théâtre. »
En janvier 1947, il décide de partir à Paris avec une seule idée en tête, devenir acteur. Un temps élève comédien, il fera de la figuration au Théâtre de l’Odéon. Mais le rêve initial fait très vite place à l’écriture. Il écrit des pièces achevées ou non, dont l’une, en 1948, (il n’a que vingt ans) est représentée avec succès en avant-première au Théâtre d’Angers : « Pendant le spectacle, j’étais en coulisses vivant cet instant comme un rêve. Le rideau tombé, ce fut une vague d’applaudissements. Guy Rapp cita mon nom, me fit venir devant le public. Je me revois, seul sous les éclairages au milieu de cette grande scène vide, face au trou noir de la salle. J’étais un jeune homme maigre, le cheveu touffu, mal coiffé, vêtu d’un costume de velours usagé, aux pieds des chaussures qui avaient fait leur temps. Mon apparition dans cet accoutrement inspira d’abord quelque stupeur, puis la sympathie l’emporta, on me fit une ovation. »

Toutes ces pièces de jeunesse, Louis Calaferte n’a jamais voulu les publier, hormis Clotilde du Nord écrite en 1950 (créée en 1955 par Michel Piccoli). Cette époque de précocité et de prolificité dans l’écriture, Louis Calaferte l’a reniée plus tard : « Pour avoir entre treize et vingt ans beaucoup écrit, fait représenter à Paris deux pièces et avoir à vingt-deux ans publié mon premier livre, je me suis cru précoce. Je m’aperçois aujourd’hui que ce n’est qu’en vieillissant que j’entre en possession des moyens spécifiques à mon talent, que le développement de ma pensée et ma faculté de compréhension ne se sont épanouis un peu qu’avec le mûrissement habituel. »

Louis Calaferte subsiste dans les plus grandes difficultés matérielles en faisant toutes sortes de petits métiers jusqu’au début des années 50. C’est à cette époque qu’il écrit Requiem des Innocents que Joseph Kessel, son « père en littérature » aidera à faire publier en 1952. À sa sortie, cet ouvrage connaît un énorme succès de librairie. Louis Calaferte fait d’emblée partie de la jeune génération d’écrivains d’après-guerre, avec Fallet, Arnaud, Vidalie, tous de “l’écurie Julliard”. Mais, dès 1952, il fuit volontairement la vie parisienne pour retourner à Lyon, avant de s’installer dans les monts du Lyonnais à Mornant, de 1956 à 1969. Il entre à la radio de Lyon, plus tard l’O.R.T.F., où il travaillera jusqu’en 1974. En 1956, il commence Septentrion dont l’écriture lui demandera cinq années. L’ouvrage paraît chez Tchou, et il est aussitôt interdit en 1963. Il ne reparaîtra qu’en 1984. En 1968, il signe un contrat avec les Editions Denoël et publie la même année Satori et Rosa Mystica. Courts récits, poèmes, essais, carnets seront ensuite régulièrement publiés, un ensemble cohérent qui forme une autobiographie intérieure aux multiples facettes. « L’objet de la littérature, à notre époque, réside dans l’introspection, l’analyse d’un individu ». Les écrivains qu’il aime, avant tout, font partie de cet univers : Joubert, Kafka, Musil, Canetti, Rilke, Schulz, Léautaud…

S’il s’est essayé au théâtre très jeune, son œuvre théâtrale, pour l’essentiel, a été produite entre les années 60 à 80, d’abord avec Mégaphonie en 1963, Trafic en 1965, et l’écriture de pièces pour France Culture. Mais le public ne le découvre vraiment que dans les années 70. En 1973 Chez les Titch, mis en scène par Jean-Pierre Miquel au Petit Odéon, connaît un vrai succès. Suivront ensuite les créations à Paris et à Reims d’autres pièces du Théâtre Intimiste, et l’édition de quelques-unes d’entre elles aux Editions Stock, dont certaines sont reprises ensuite à L’Avant scène théâtre. Les Pièces intimistes, puis les Pièces baroques, rencontreront un vrai public avec les créations de Jean-Pierre Miquel et de Victor Viala dans les années 70 et 80, la dernière création étant Opéra Bleu, mise en scène par Victor Viala et Sylvie Favre au Théâtre du Lucernaire en 1993. Louis Calaferte désespérait de voir un jour publié l’ensemble de ses pièces qu’il considère comme un pan majeur de son œuvre. C’est en 1992 que les Editions Hesse lui proposent d’entreprendre cette tâche (avec le concours du Centre National du Livre). Le Théâtre complet (vingt-six pièces, six volumes) est ainsi édité entre 1993 et 1999.

Louis Calaferte a reçu le prix Ibsen pour Les Miettes en 1978, le prix Lugné Poe en 1979, le Grand prix de littérature dramatique de la Ville de Paris pour l’ensemble de son œuvre théâtrale en 1984, le Grand prix national des lettres en 1992. Louis Calaferte est mort à Dijon le 2 mai 1994.